Que ferons-nous (Actes des Apôtres 2, 37, TOB) pour que nos paroisses soient des communions de communautés priantes qui vivent et témoignent de l’Evangile ? Tel sera l’objectif du synode de l’Eglise de Rouen que j’ai annoncé lors de la dernière Messe chrismale (Jeudi-Saint 20 mars 2008) et qui se célèbrera de
Il devra en préciser les moyens : Quels rassemblements, quelles célébrations et quels ministères seront nécessaires pour atteindre cet objectif ?
Pour quelles raisons recourir à un synode ?
Première instance d’une Eglise particulière – ainsi le présente le Code de Droit canonique publié en 1983 – le synode diocésain peut être considéré comme l’assemblée fraternelle des chrétiens d’une même Eglise apportant à l’un d’entre eux, l’évêque, le concours, l’aide, qui lui est nécessaire pour organiser la mission et, par conséquent, la vie de l’Eglise qui lui est confiée et à laquelle il a été donné avec le ministère de la présider.
On peut dire que le synode est l’Eglise réunie pour écouter ce que lui dit l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, et délibérer avec lui.
Outre les initiatives rapportées dans les Actes des Apôtres, on peut citer cet extrait d’une lettre de saint Cyprien à son Eglise de Carthage : « Je me suis fait une règle, dès le début de mon épiscopat, de ne rien décider sans le conseil du clergé et le consentement du peuple » (Lettre 14, 4).
Un changement s’opère avec l’évangélisation des campagnes : les communautés étant éloignées, les synodes apparaissent en France et en Espagne ; ainsi le concile d’Orléans en 511 prévoit une réunion annuelle autour de l’évêque.
Le seizième synode de Tolède (693) prescrit dans son canon 7 que les synodes diocésains doivent réunir non seulement les abbés, les prêtres, les diacres et les clercs mais aussi le conventus de la cité et la plebs du diocése.
L’activité législative est considérable et précise la discipline de l’Eglise après la réforme grégorienne.
Le droit cependant de préoccupe des synodes :
- Décret de Gratien (XIIème siècle) : une réunion annuelle des clercs.
- Concile du Latran IV (1215) : un concile provincial annuel dont les statuts seront publiés chaque année dans les synodes épiscopaux (canon 6).
- Concile de Bâle (1433) : il souhaite une réunion fréquente des conciles généraux et provinciaux (tous les 3 ans) et épiscopaux (1 ou 2 fois par an sur 3 jours) (décret 15).
Du concile de Trente au concile Vatican II :
Il rappelle l’obligation du concile provincial (tous les trois ans) et du synode épiscopal (tous les ans). C’est un moyen d’information et de formation du clergé (dans le diocèse de Milan saint Charles Borromée réunit ainsi 11 synodes entre 1564 et 1584).
Cependant, avec d’heureuses exceptions selon les diocèses, l’activité synodale diminue :
- Réticences de la curie romaine jalouse de son autorité et favorable à une forte centralisation (les encouragements de Benoît XIII qui avait tenu 38 synodes quand il était évêque de Bénévent, resteront sans effet).
- Tensions entre les évêques et leur clergé (les religieux en particulier) dont une partie est attachée à ses privilèges et n’entent pas en être privée, tandis que une autre considère cette institution comme un moyen de revenir aux pratiques de l’Eglise primitive.
- Volonté des autorités politiques de soumettre les décisions des synodes à l’approbation des princes tant en ce qui concerne la doctrine que la discipline.
En France, on compte cependant 229 synodes au XIXème siècle dont 102 entre 1850 et 1870.
Un schéma préparatoire du concile Vatican I prévoyait cependant de ramener à tous les 3 ans la périodicité des synodes.
La publication du premier Code de Droit canonique en 1917 suscite un renouveau des synodes diocésains. Il prescrit une périodicité de 10 ans.
En France les synodes dont alors relativement nombreux. Au cours de la période 1919-1951, pour les 87 diocèses, on compte 185 synodes (261 auraient dû être réunis). Rares pendant la seconde guerre mondiale, ils deviennent plus fréquents après 1945 : 17 en 1948 ; 12 en 1949.
L’annonce du concile Vatican II arrête les réunions.
Concile Vatican II :
L’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, est acteur lorsque l’Eglise est fidèle à sa vocation (à ce pour quoi elle a été instituée) et donc à sa mission :
- en servant l’homme, ce bien-aimé de Dieu ;
- en annonçant
- en oeuvrant à la communion de Dieu et de l’homme, et des hommes entre eux.
L’Esprit Saint est le premier acteur d’un synode puisque le synode est une institution ecclésiale.
Du fait même de leur initiation chrétienne, de la foi et des sacrements de la foi (le baptême, la confirmation, l’eucharistie), les chrétiens sont constitués peuple de Dieu, incorporés au Christ, animés par l’Esprit Saint, et donc appelés à participer à la mission de l’Eglise (Concile Vatican II, Lumen Gentium 31, par exemple).
Si nous voulons être fidèles à notre dignité de chrétiens et à la mission qui nous est confiée par le Christ, il est de notre devoir de nous demander régulièrement en Eglise ce que ses auditeurs, après avoir entendu sa confession de foi, demandaient à Pierre le jour de
Ainsi le diocèse est-il désormais structuré en 56 paroisses.
La nouveauté de cette organisation réside dans la définition qui a été donnée de la paroisse : une communion de communautés.
Les nouvelles paroisses sont source d’un dynamisme réel. Elles permettent un meilleur accueil, des célébrations plus festives, une bonne répartition des services à assurer. Confiée à un prêtre pour qu’il en soit le pasteur, la paroisse est donc le lieu habituel de la célébration eucharistique dominicale.
Par contre, avec d’heureuses exceptions, l’existence des communautés est souvent plus formelle que réelle, alors même qu’est régulièrement affirmée l’importance pour l’Eglise d’être proche de tous tant en zone urbaine que dans l’espace rural.
Comment situer ces communautés par rapport à la paroisse ? Autour de quels projets les organiser ? Quels responsables leur donner ? Avec quelles compétences et quels pouvoirs ? Quels rassemblements et quelles célébrations envisager ?
Autant de questions qu’il nous faut prendre en compte et pour lesquelles il n’existe pas de réponses toutes faites.
Le Seigneur ne laissera pas son Eglise sans prêtres. Mais l’histoire nous apprend qu’à chaque époque l’Eglise s’est organisée non pas en fonction du nombre de prêtres dont elle rêvait mais du nombre de prêtres qu’elle avait.
En 2015 nous pouvons raisonnablement estimer que les prêtres de moins de 75 ans seront 73 (dont 35 de moins de 50 ans) ; quelques-uns serviront d’autres Eglises lointaines ou plus pauvres ; les prêtres aînés susceptibles d’être auxiliaires seront entre 30 et 40.
Mais ceci ne diminue en rien la nécessité de poursuivre notre adaptation. Dieu nous fait la grâce de pouvoir le faire sereinement. Saisissons-la !
Rappelons-nous que Dieu fait confiance à l’humanité et que les hommes sont capables, avec sa grâce, de vivre libres et heureux.
Il s’agit de faire face à une situation particulière, un conflit né de pratiques nouvelles instituées dans l’Eglise d’Antioche et qui choquent certains chrétiens de Jérusalem. On décide donc de s’expliquer et d’en appeler à ceux que l’on reconnaît comme donnés à l’Eglise pour veiller sur elle. On accepte de se déplacer ; on expose ce que l’on fait avec le sentiment d’être écouté (Ac 15, 12). Et, dans la décision finale, tout en donnant raison aux pratiques de l’Eglise d’Antioche (sans ses initiatives aucun de nous ne serait là aujourd’hui), on demande à ses fidèles pour le bien de l’Eglise universelle, des autres Eglises, dont les apôtres ont le souci, de s’abstenir des pratiques qui risquent de provoquer une division.
C’est la diversité qui fait la richesse de l’Eglise. Saint Paul le rappelle à plusieurs reprises (1 Co 12, Ep 4 par exemple). Elle est don de Dieu mais elle doit être organisée pour servir la communion de tous et non leur division. Aux Corinthiens turbulents saint Paul et, quelques années plus tard, Clément de Rome écriront que la première sert le projet de Dieu et que la seconde est occasion de scandale et de moquerie pour ceux qui ne partagent pas notre foi, un contre témoignage.
Certes l’Eglise, dans sa tradition catholique, dispose d’un ministère particulier auquel il appartient en dernier ressort de porter un jugement sur l’authenticité et le bon usage des dons que nous avons reçus pour le service de tous. Mais ce ministère ne saurait être exercé d’une manière solitaire. D’où, dans le Code de Droit canonique, l’usage fréquent des formules : après avoir entendu, après avoir consulté, etc.
Il ne s’agit donc pas de prévoir pour mais de décider avec.
- Proposer sans avoir peur de l’innovation : l’Eglise n’a cessé d’innover tout au long de son histoire : pratique sacramentaire, formulation de la doctrine, œuvres, etc.
- Confronter :
o à l’intérieur d’une Eglise particulière : comment ce qui est proposé sera-t-il reçu par d’autres composantes de l’Eglise : paroisses, services, associations, mouvements, courants de pensée, etc. ?
o avec les pratiques des Eglises voisines et de l’Eglise universelle : c’est la responsabilité des experts d’y veiller et naturellement de l’évêque puisque c’est comme membre du collège épiscopal qui partage avec le pape le souci de toute l’Eglise, que lui a été confiée une Eglise particulière.