Conférence de Lourdes

UN SYNODE POUR L’EGLISE DE ROUEN – 2009-2010

Conférence de Lourdes

Que ferons-nous (Actes des Apôtres 2, 37, TOB) pour que nos paroisses soient des communions de communautés priantes qui vivent et témoignent de l’Evangile ? Tel sera l’objectif du synode de l’Eglise de Rouen que j’ai annoncé lors de la dernière Messe chrismale (Jeudi-Saint 20 mars 2008) et qui se célèbrera de la Fête de Saint Romain 2009 à la Pentecôte 2010.
Il devra en préciser les moyens : Quels rassemblements, quelles célébrations et quels ministères seront nécessaires pour atteindre cet objectif ?

 Pour quelles raisons recourir à un synode ?

 

  1. LE SYNODE, PREMIERE ASSEMBLEE DU DIOCESE.

Première instance d’une Eglise particulière – ainsi le présente le Code de Droit canonique publié en 1983 – le synode diocésain peut être considéré comme l’assemblée fraternelle des chrétiens d’une même Eglise apportant à l’un d’entre eux, l’évêque, le concours, l’aide, qui lui est nécessaire pour organiser la mission et, par conséquent, la vie de l’Eglise qui lui est confiée et à laquelle il a été donné avec le ministère de la présider.

On peut dire que le synode est l’Eglise réunie pour écouter ce que lui dit l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, et délibérer avec lui.

  

  1. UNE PRATIQUE TRADITIONNELLE.

 La tenue des synodes est une pratique plus habituelle qu’on ne le pense généralement.
 Outre les initiatives rapportées dans les Actes des Apôtres, on  peut citer cet extrait d’une lettre de saint Cyprien à son Eglise de Carthage : « Je me suis fait une règle, dès le début de mon épiscopat, de ne rien décider sans le conseil du clergé et le consentement du peuple » (Lettre 14, 4).
 Ce qui fait écrire à Gaston Piétri : « J’aimerais une Eglise où l’antique adage deviendrait toujours plus une réalité : ce qui concerne tous doit être examiné par tous » (Pourquoi je suis croyant, Paris Salvator, 2007, p. 97).

 Du IIème au V-VIème siècle :

 Dans un premier temps, la communauté étant groupée autour de l’évêque, le presbyterium l’entourant en permanence, les synodes ne sont pas nécessaires.
 
Un changement s’opère avec l’évangélisation des campagnes : les communautés étant éloignées, les synodes apparaissent en France et en Espagne ; ainsi le concile d’Orléans en 511 prévoit une réunion annuelle autour de l’évêque. 
 
Le premier synode diocésain est probablement celui d’Auxerre (après 585 et avant 603).
 
Le seizième synode de Tolède (693) prescrit dans son canon 7 que les synodes diocésains doivent réunir non seulement les abbés, les prêtres, les diacres et les clercs mais aussi le conventus de la cité et la plebs du diocése.

 Epoque carolingienne :

 On ne trouve pas trace de synodes diocésains mais, par contre, de très nombreux conciles et grandes réunions associant des évêques, des abbés et des grands laïcs.
 
L’activité législative est considérable et précise la discipline de l’Eglise après la réforme grégorienne.

 Du XIème au XVIème siècle :

 On assiste à une réapparition des synodes diocésains ; on a gardé une collection de statuts synodaux mais on ne dispose d’information sur la manière dont ils se déroulent.
 
Le droit cependant de préoccupe des synodes :
-          Décret de Gratien (XIIème siècle) : une réunion annuelle des clercs.
-          Concile du Latran IV (1215) : un concile provincial annuel dont les statuts seront publiés chaque année dans les synodes épiscopaux (canon 6).
-          Concile de Bâle (1433) : il souhaite une réunion fréquente des conciles généraux et provinciaux (tous les 3 ans) et épiscopaux (1 ou 2 fois par an sur 3 jours) (décret 15).

Du concile de Trente au concile Vatican II :

Il rappelle l’obligation du concile provincial (tous les trois ans) et du synode épiscopal (tous les ans). C’est un moyen d’information et de formation du clergé (dans le diocèse de Milan saint Charles Borromée réunit ainsi 11 synodes entre 1564 et 1584).
Cependant, avec d’heureuses exceptions selon les diocèses, l’activité synodale diminue :
-          Réticences de la curie romaine jalouse de son autorité et favorable à une forte centralisation (les encouragements de Benoît XIII qui avait tenu 38 synodes quand  il était évêque de Bénévent, resteront sans effet).
-          Tensions entre les évêques et leur clergé (les religieux en particulier) dont une partie est attachée à ses privilèges et n’entent pas en être privée, tandis que une autre considère cette institution comme un moyen de revenir aux pratiques de l’Eglise primitive.
-          Volonté des autorités politiques de soumettre les décisions des synodes à l’approbation des princes tant en ce qui concerne la doctrine que la discipline.
En France, on compte cependant 229 synodes au XIXème siècle dont 102 entre 1850 et 1870.
Un schéma préparatoire du concile Vatican I prévoyait cependant de ramener à tous les 3 ans la périodicité des synodes.
La publication du premier Code de Droit canonique en 1917 suscite un renouveau des synodes diocésains. Il prescrit une périodicité de 10 ans.
En France les synodes dont alors relativement nombreux. Au cours de la période 1919-1951, pour les 87 diocèses, on compte 185 synodes (261 auraient dû être réunis). Rares pendant la seconde guerre mondiale, ils deviennent plus fréquents après 1945 : 17 en 1948 ; 12 en 1949.
L’annonce du concile Vatican II arrête les réunions.

Concile Vatican II :

 Cf. Décret sur la charge pastorale des évêques, Christus Dominus.

  

  1. LES ACTEURS DU SYNODE.

 A)    L’Esprit Saint, premier acteur :

 L’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, a l’initiative dans nos vies. Cela nous est rappelé au moment du baptême dans la prière prononcée sur l’eau, et par le sacrement de la confirmation : c’est Dieu qui appelle, c’est Dieu qui fait le chrétien.
 
L’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, est acteur lorsque l’Eglise est fidèle à sa vocation (à ce pour quoi elle a été instituée) et donc à sa mission :
-          en servant l’homme, ce bien-aimé de Dieu ;
-          en annonçant la Parole, le projet de Dieu,
-          en oeuvrant à la communion de Dieu et de l’homme, et des hommes entre eux.
 Tout dans l’Eglise peut et n’a cessé d’être attribué à l’action de l’Esprit Saint. Les Actes des Apôtres en témoignent tant à propos de ses premières manifestations, les diverses pentecôtes (Ac 2, 1-42 ; 4, 31 ; 8, 15-17 ; 10, 44, etc.), de sa mission (témoignages de Pierre, Ac 4, 8, d’Etienne, Ac 7, 55, de Philippe, Ac 8, 29, de Paul et de Barnabé, Ac 13, 4, etc.) que de son organisation (institution des Sept, Ac 6, 3, entraide lors d’une famine, Ac 11, 28, mise en place d’une hiérarchie, Ac 20, 28, etc.). C’est l’Esprit de Dieu qui construit l’Eglise et qui lui donne d’assurer sa mission à travers les décisions et les actions des hommes qu’elle rassemble ou qu’elle sert.
L’Esprit Saint est le premier acteur d’un synode puisque le synode est une institution ecclésiale.

 B)    Les autres acteurs :

 Par le don de l’Esprit, c’est à toute l’Eglise que le Christ ressuscité confie de poursuivre la mission qu’il est venu accomplir au nom de son Père (Mt 28, 18-20 ; Jn 20, 19-23).
 
Du fait même de leur initiation chrétienne, de la foi et des sacrements de la foi (le baptême, la confirmation, l’eucharistie), les chrétiens sont constitués peuple de Dieu, incorporés au Christ, animés par l’Esprit Saint, et donc appelés à participer à la mission de l’Eglise (Concile Vatican II, Lumen Gentium 31, par exemple).
 Ils ont donc le droit (c’est-à-dire le devoir) de prendre des initiatives, de s’associer, de recevoir des charges, de délibérer (en particulier dans les conseils et les synodes) pour que l’Eglise vive et serve l’Evangile du Christ.
 
Si nous voulons être fidèles à notre dignité de chrétiens et à la mission qui nous est confiée par le Christ, il est de notre devoir de nous demander régulièrement en Eglise ce que ses auditeurs, après avoir entendu sa confession de foi, demandaient à Pierre le jour de la Pentecôte : « Que ferons-nous ? » (Ac 2, 37).

  

  1. LES RAISONS DU PROCHAIN SYNODE (Messe chrismale – 20 mars 2008).

 Au service d’un monde aimé de Dieu parce qu’il l’a créé, qu’il est son origine et sa fin, nous formons une Eglise fière de son Seigneur et heureuse dans sa mission. Dans les conditions de vie qui sont les nôtres et à la mesure de nos moyens, notre seule ambition est d’annoncer la nouveauté libératrice de l’Evangile à tout homme, de le rejoindre dans tout ce qui fait son existence et exprime son humanité (Projet pastoral du diocèse de Rouen).
 Telles sont les convictions qui nous animent dans la mise en œuvre patiente et consciencieuse d’Horizon 2005 que vous avez élaboré avec mon prédécesseur, Mgr Joseph Duval
Ainsi le diocèse est-il désormais structuré en 56 paroisses.
La nouveauté de cette organisation réside dans la définition qui a été donnée de la paroisse : une communion de communautés.
Les nouvelles paroisses sont source d’un dynamisme réel. Elles permettent un meilleur accueil, des célébrations plus festives, une bonne répartition des services à assurer. Confiée à un prêtre pour qu’il en soit le pasteur, la paroisse est donc le lieu habituel de la célébration eucharistique dominicale.
Par contre, avec d’heureuses exceptions, l’existence des communautés est souvent plus formelle que réelle, alors même qu’est régulièrement affirmée l’importance pour l’Eglise d’être proche de tous tant en zone urbaine que dans l’espace rural.
Comment situer ces communautés par rapport à la paroisse ? Autour de quels projets les organiser ? Quels responsables leur donner ? Avec quelles compétences et quels pouvoirs ? Quels rassemblements et quelles célébrations envisager ?
Autant de questions qu’il nous faut prendre en compte et pour lesquelles il n’existe pas de réponses toutes faites.

 Pour qu’elle soit fidèle à la mission que le Christ lui confie, il nous revient donc d’organiser l’animation de l’Eglise en tenant compte de notre situation réelle, et, tout particulièrement, du nombre de prêtres.
 
Le Seigneur ne laissera pas son Eglise sans prêtres. Mais l’histoire nous apprend qu’à chaque époque l’Eglise s’est organisée non pas en fonction du nombre de prêtres dont elle rêvait mais du nombre de prêtres qu’elle avait.
 170 prêtres dont la moitié ont plus de 75 ans, sont inscrits dans l’Annuaire diocésain 2008. 7 prêtres de moins de 75 ans sont au service d’autres Eglises ou en formation ; 78 (dont 30 de moins de 50 ans) sont donc actuellement à votre service ; 56 prêtres aînés leur apportent une aide appréciée.
 
En 2015 nous pouvons raisonnablement estimer que les prêtres de moins de 75 ans seront 73 (dont 35 de moins de 50 ans) ; quelques-uns serviront d’autres Eglises lointaines ou plus pauvres ; les prêtres aînés susceptibles d’être auxiliaires seront entre 30 et 40.
 Nous devons rendre grâce à Dieu. Bien des diocèses peuvent légitimement nous envier. Et je remercie sincèrement les familles et les prêtres qui on su et qui savent éveiller les enfants et les jeunes à entendre les appels du Christ et à donner librement leur vie à sa suite pour le service de Dieu et de leurs frères.
 
Mais ceci ne diminue en rien la nécessité de poursuivre notre adaptation. Dieu nous fait la grâce de pouvoir le faire sereinement. Saisissons-la !

  

  1. LE DISPOSITIF ENVISAGE.

 Un point de vigilance :

 Comme Mgr Claude Dagens l’expose avec à propos dans un livre récent, Méditation sur l’Eglise catholique en France : libre et présente : « Les réformes de structures dans l’Eglise doivent être au service de sa vie et de sa mission et il est toujours utile d’examiner ce rapport essentiel entre les institutions ecclésiales, avec leur forme et leur fonctionnement, et ce qu’exige l’accomplissement de la mission chrétienne dans les temps qui sont les nôtres ( …) : de quoi l’Eglise (…) a-t-elle besoin pour exercer aujourd’hui sa mission, si sa mission ne consiste pas à survivre et à gérer intelligemment la pénurie de ses ressources humaines, mais à s’engager dans le travail d’évangélisation à frais nouveaux, c’est-à-dire dans les conditions culturelles, spirituelles et sociales qui demandent à être soigneusement évaluées ? » (Paris Le Cerf, 2008, p. 83-84).
 C’est dans cette perspective que je souhaite voir se situer les équipes synodales qui se constitueront au cours de cette année de préparation.
Rappelons-nous que Dieu fait confiance à l’humanité et que les hommes sont capables, avec sa grâce, de vivre libres et heureux.

 

  1. LES COMPETENCES ET LE POUVOIR D’UN SYNODE.

  Le Code de Droit canonique précise : l’évêque est l’unique législateur, les autres membres du synode ne possèdent qu’une voix consultative ; l’évêque signe seul les déclarations et les décrets du synode qui ne peuvent être promulgués que par son autorité (canon 466).

 A)    Un modèle : la réunion de Jérusalem (Ac 15, 1-35) :

 Nous n’avons pas à chercher le modèle du synode dans les procédures qui organisent le fonctionnement parlementaire de nos démocraties, ou celui de la vie associative ne française. Ce qui ne veut pas dire que les procédures qui nous sont proposées, soient arbitraires ou qu’elles ne respectent pas autant que d’autres les droits de chacun.
 Nous trouvons notre modèle dans les Actes des Apôtres avec ce que l’on appelle la réunion ou le concile de Jérusalem. Le décret qui conclut ses travaux, commence ainsi : « L’Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons décidé … » (Ac 15, 28).
 
Il s’agit de faire face à une situation particulière, un conflit né de pratiques nouvelles instituées dans l’Eglise d’Antioche et qui choquent certains chrétiens de Jérusalem. On décide donc de s’expliquer et d’en appeler à ceux que l’on reconnaît comme donnés à l’Eglise pour veiller sur elle. On accepte de se déplacer ; on expose ce que l’on fait avec le sentiment d’être écouté (Ac 15, 12). Et, dans la décision finale, tout en donnant raison aux pratiques de l’Eglise d’Antioche (sans ses initiatives aucun de nous ne serait là aujourd’hui), on demande à ses fidèles pour le bien de l’Eglise universelle, des autres Eglises, dont les apôtres ont le souci, de s’abstenir des pratiques qui risquent de provoquer une division.
 Cette résolution négociée est attribuée à l’Esprit Saint.
 
C’est la diversité qui fait la richesse de l’Eglise. Saint Paul le rappelle à plusieurs reprises (1 Co 12, Ep 4 par exemple). Elle est don de Dieu mais elle doit être organisée pour servir la communion de tous et non leur division. Aux Corinthiens turbulents saint Paul et, quelques années plus tard, Clément de Rome écriront que la première sert le projet de Dieu et que la seconde est occasion de scandale et de moquerie pour ceux qui ne partagent pas notre foi, un contre témoignage.
 Aussi chaque session d’un synode s’ouvre-t-elle par cette prière : « Nous voici, Seigneur Saint-Esprit, nous voici dans notre pauvre condition de pécheurs, mais spécialement rassemblés en ton Nom. Viens à nous et sois avec nous. Daigne pénétrer nos cœurs. Montre-nous notre route. Amen » (Prière Adsumus).

 B)    Consultation et décision :

 Décider en consultant, telle est la règle de l’Eglise.
 Lorsque l’on dit qu’une instance ecclésiale est consultative, on n’entend pas la déprécier ni considérer a priori ses avis comme sans importance. C’est au contraire le moyen que se donne l’Eglise pour s’assurer qu’elle est fidèle à sa mission dans ses décisions, pour vérifier que, dans son organisation, elle sert l’action de l’Esprit Saint dans le peuple de Dieu et dans le monde.
 
Certes l’Eglise, dans sa tradition catholique, dispose d’un ministère particulier auquel il appartient en dernier ressort de porter un jugement sur l’authenticité et le bon usage des dons que nous avons reçus pour le service de tous. Mais ce ministère ne saurait être exercé d’une manière solitaire. D’où, dans le Code de Droit canonique, l’usage fréquent des formules : après avoir entendu, après avoir consulté, etc.
 L’évêque n’est pas plus en dehors ou au-dessus du synode qu’il n’est en dehors ou au-dessus de son Eglise. C’est lui qui juge de l’opportunité de la promulgation des déclarations et des décrets du synode mais normalement il ne les modifie pas.  Il ne pourrait pas d’autre part  les promulguer s’il n’y avait pas eu de synode.
 
Il ne s’agit donc pas de prévoir pour mais de décider avec.

 C)    Vivre un synode :

 Il est rare qu’un objectif puisse être atteint d’une seule manière et plus rare encore que des dispositions universelles puissent valoir sans adaptation dans la diversité des situations particulières.
 Aussi préparer et célébrer un synode, c’est :
 -          Prendre le temps d’écouter : écouter, c’est être aussi attentif que possible à ce qui est dit, en respectant les situations diverses et les sensibilités particulières ; les deux sont souvent liées.
-          Proposer sans avoir peur de l’innovation : l’Eglise n’a cessé d’innover tout au long de son histoire : pratique sacramentaire, formulation de la doctrine, œuvres, etc.
-          Confronter : 
  o   à l’intérieur d’une Eglise particulière : comment ce qui est proposé sera-t-il reçu par d’autres composantes de l’Eglise : paroisses, services, associations, mouvements, courants de pensée, etc. ?
     
o   avec les pratiques des Eglises voisines et de l’Eglise universelle : c’est la responsabilité des experts d’y veiller et naturellement de l’évêque puisque c’est comme membre du collège épiscopal qui partage avec le pape le souci de toute l’Eglise, que lui a été confiée une Eglise particulière.

    

Dernière mise à jour de cette page le 04/10/2008