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Communication interne et externe

Intervention Mgr DiFalco au sujet d'Internet à Rome

16/11/2009 à 21:05

chdm
délégué

16/11/2009 à 21:05

DISCOURS DE MGR JEAN-MICHEL DI FALCO-LEANDRI A LA CEEM SUR INTERNET

Réunis au Vatican pour échanger sur « la culture de l’Internet et la
communication de l’Église », les acteurs du Net catholique ont
rencontré les responsables des réseaux sociaux à l'initiative de la
Commission Épiscopale d?Europe pour les Médias, présidée par Mgr di
FALCO-LEANDRI

TEXTE INTEGRAL du discours de Mgr di FALCO-LEANDRI - Source : CEEM


Discours de Mgr di FALCO-LEANDRI à l’assemblée plénière de la
Commission Épiscopale d?Europe pour les Médias (CEEM)

Rome, le jeudi 12 novembre 2009
Source : CEEM


***
Discours

« La culture de l’Internet et la communication de l’Église. » En
entendant ce thème, les trois évènements qui ont bousculé la vie de
notre Eglise au cours de l’hiver dernier me sont revenus à l’esprit.
Je veux parler de « l’affaire », c’est ainsi que les médias ont
désignées ces évènements, l’affaire Williamson, de celles de
l’excommunication de Recife et des propos sur le préservatif dans
l’avion menant le pape au Cameroun. Trois affaires qui ont secoué la
planète internet. Elles ont été jugées emblématiques de la manière
dont l’Eglise institutionnelle communique et dont les internautes –
chrétiens ou non – réagissent. Elles ont révélé les forces et les
faiblesses de la communication de l’Eglise dans le contexte d’une
culture internet triomphante.

Suite à l’affaire Williamson le Saint Père a reconnu lui-même que la
curie n’avait pas mesuré l’enjeu d’internet. Ou, pour le citer plus
exactement : « Il m’a été dit que suivre avec attention les
informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis
d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à
l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à
cette source d’information. »

Face à la critique portant sur le fait que le pape n’avait pas été mis
au courant des propos négationnistes de Mgr Williamson disponibles sur
le net, le pape ne s’est attaché dans sa lettre aux évêques qu’à
internet comme source d’information, comme bibliothèque virtuelle.

Il est bien d’autres aspects qui motivent le choix du thème de
réflexion de notre assemblée. Ce sont ces aspects que nous allons
aborder au cours de ces journées, aspects parmi lesquels on peut citer
l’émergence de la Web generation, les bouleversements dans
l’organisation du temps et de l’espace, dans la manière de s’informer
et de communiquer, les conséquences ecclésiologiques, les effets sur
le gouvernement même de l’Eglise, la place de la religion sur le
marché internet, les manières d’y proclamer l’Evangile et d’y être
Eglise.

Ne nous leurrons pas. Ne faisons pas l’autruche. Internet se
transforme, transforme notre société et ne peut pas ne pas transformer
l’Eglise, ne peut pas ne pas transformer notre manière d’être et
d’agir en Eglise, au risque de ne plus être témoins du Christ dans le
monde d’aujourd’hui !

Avec internet, nous assistons à une révolution copernicienne qui a
déjà ses effets sur notre manière d’être dans notre relation au monde,
de nous situer dans le monde, d’interagir avec le monde. La prise de
conscience par l’Eglise institutionnelle de l’importance d’internet
est là. Nul doute. La preuve en est encore aujourd’hui. Mais savoir
surfer sur la vague internet est une toute autre histoire.

Internet est un révélateur, un marqueur. Soit vous savez communiquer,
soit vous ne le savez pas, soit vous êtes crédible soit vous ne l’êtes
pas, soit vous répondez aux attentes soit vous êtes dans votre bulle,
soit vous êtes prophète soit vous êtes le dernier des Mohicans, soit
vous êtes vivant soit vous êtes fossile, soit vous connaissez la
langue internet soit vous ne la connaissez pas et vous ne pouvez pas
communiquer. Je compare souvent le mode de présence de l’Eglise dans
le monde des médias et sur internet à ce qui est demandé à un
missionnaire devant partir vers des terres inconnues. Que demande-t-on
à un missionnaire avant son départ ? De connaître la culture du pays
dans lequel il se rend et d’en apprendre la langue. Ne devrions-nous
pas avoir la même attitude pour ce qui est de la présence dans les
médias ?

De nouveaux langages se constituent sur internet, utilisés par les
jeunes. Abréviations, photos et émoticons, fichiers audios et vidéos
sont prépondérants. La culture digitale se dote de sa propre
grammaire, d’une langue en constante et rapide évolution. (LOL, MDR)
Notre génération a trop tendance à considérer comme superficiel tout
ce qui est bref, instantané, porté sur l’émotion. Serait-ce que nous
serions plutôt tournés vers l’écrit, les longs développements, la
qualité de l’argumentation par les épais dossiers que nous devons
traiter, les livres de théologie et les thèses que nous avons lus ou
que nous lisons encore ? Mais à y regarder de plus près, l’Eglise dans
son histoire n’a pas considérés comme seuls vecteurs de vérité les
longs traités de théologie. Elle a su exprimer sa foi de manière
concise et percutante. Qu’il suffise de citer la proclamation du
kérygme dans les Actes des Apôtres. Elle a su utiliser des formes de
communication non-verbale. Qu’il suffise de penser aux icônes, aux
fresques et mosaïques de nos églises, aux vitraux et aux sculptures
sur les tympans de nos cathédrales. Elle a su provoquer les émotions.
Qu’il suffise d’écouter ses chants et ses musiques. Nous proclamons «
une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père », mais il existe
bien mille et une manières d’exprimer cette foi. Et l’aggiornamento
demandé par le Pape Jean XXIII nous pousse à réactualiser sans cesse
la manière dont nous proposons la foi aux nouvelles générations.

Nous sommes dans un monde pluraliste, où nombreux sont ceux qui, grâce
à internet, peuvent avoir accès à tout et donner leur avis sur tout.
L’Eglise ne peut pas ne pas en tenir compte. Avec la sécularisation,
la mondialisation, la montée d’internet, notre vision du monde, de la
vie, de la mort, et considérée par certains comme un produit parmi
d’autres sur le marché des religions. L’Eglise ne peut pas communiquer
comme si d’autres conceptions et interprétations du monde n’existaient
pas. Elle a une Parole, un message d’amour à proclamer, mais elle se
doit aussi écouter et Internet est une formidable chambre d’écho de la
vie du monde.

Un ami a fait l’étude des sites chrétiens en français les plus
consultés. Il en ressort que les sites catholiques en France viennent
loin après les sites évangélistes alors même que les évangélistes sont
une minorité par rapport aux catholiques dans notre pays. Comment cela
se fait-il ? Pour lui les raisons en sont les suivantes :

La première c’est que « Les évangélistes écoutent et les catholiques
parlent. »

Par là il veut dire que les évangélistes sortent d’eux-mêmes pour se
mettre d’abord à la place des autres. Ils répondent aux besoins. «
Que veux-tu ? » demande Jésus au paralytique, à l’aveugle-né.
Autrement dit, « De quoi as-tu besoin ? Quel est ton désir le plus
profond ? Je peux y répondre. » La communication commence toujours par
l’écoute. D’où sa question : l’Eglise catholique parlerait-elle à
partir d’elle-même sans prendre suffisamment en considération ce que
vivent les gens ?
La seconde raison du succès des sites évangélistes par rapport aux
sites catholiques, c’est que « les sites catholiques sont centrés sur
eux-mêmes » et « considérés comme outils et non comme un monde à
évangéliser. »

Par là, il veut dire que nos sites sont des extensions ou des
duplicata de nos feuilles paroissiales, de nos bulletins diocésains.
Ils sont à usage interne. Ils parlent la langue des initiés à l’usage
exclusif des initiés. Les sites évangélistes, au contraire, veulent
atteindre les internautes, utilisant internet comme outil et vecteur
d’évangélisation.

D’accord ou pas avec cette analyse, il n’en demeure pas moins que nous
pouvons prendre pour notre compte la nécessité d’écouter le monde pour
mieux l’aimer et lui parler.

Si les sites institutionnels avec leur lourdeur sont nécessaires, les
électrons libres peuvent l’être aussi. Quelqu’un comme Napoléon est
certainement diversement apprécié dans une assemblée comme la nôtre,
mais permettez-moi cependant de parler de lui pour une comparaison.
Napoléon savait user dans une bataille aussi bien de la cavalerie
lourde comme les Dragons enfonçant les flancs de l’adversaire, que des
Voltigeurs venant piquer ces mêmes flancs tels des mouches du coche.

Un site internet devrait pouvoir mettre en contact avec Jésus-Christ
et une Eglise vivante, une communauté où se vit l’unité et la charité.
Loin de trouver cela, les internautes se trouvent bien des fois
confrontés à un « système », qui certes a ses avantages une fois
qu’ils en ont franchi le seuil, mais qui, dans un premier contact,
fait davantage écran que courroie de transmission, n’ayant pas pour
lui la souplesse de l’amour.

Ces voltigeurs de l’Evangile, je les vois dans les blogs créés par des
laïcs. Cela entre dans le champ propre de leur activité, de leur
vocation et de leur mission de baptisés dans l’Eglise et dans le monde.

La 44e Journée mondiale des communications sociales qui aura lieu le
23 mai prochain aura pour thème : « Le prêtre et la pastorale dans le
monde digital : les nouveaux médias au service de la Parole ». En
choisissant ce thème, le pape place l’urgence d’une évangélisation par
le monde digital et du monde digital dans le cadre de l’Année
sacerdotale. Il s’agira d’ « encourager les prêtres à affronter les
défis qui naissent de la nouvelle culture numérique » comme l’a
souligné le communiqué de presse. Mais à mon sens, il ne s’agit pas là
d’un appel à tous les prêtres à créer son propre blog. Il s’agit
plutôt d’un appel aux prêtres à s’entourer de laïcs compétents pour la
mise en œuvre de leurs sites paroissiaux ou de mouvements, un appel à
collaborer, un appel à accompagner les laïcs qui se lancent (ou qui se
sont déjà lancés) dans l’évangélisation par internet. C’est un appel à
voir comment nous pouvons aider les internautes à discerner les sites
catholiques de ceux qui se réclament comme tels mais ne le sont pas
toujours.

Les médias réduisent souvent l’Eglise au pape et à quelques cardinaux.
Raison de plus pour que les évêques et les prêtres laissent toute leur
place aux laïcs sur le net. L’Action catholique consistait à
évangéliser le même par le même, l’ouvrier par l’ouvrier, l’étudiant
par l’étudiant, la femme par la femme, le patron par le patron, etc.
Il nous faut retrouver cette intuition en ce qui concerne le net, et
si ce n’est évangéliser le net, du moins évangéliser par le net. Seule
la présence de chrétiens laïcs compétents et éclairés sur le net,
s’exprimant en tant que chrétiens, pourra montrer qu’on ne peut
réduire l’Eglise à sa hiérarchie et au pape.

Permettez-moi de décliner quelques propositions en ce sens :

- Dans la jungle des offres gratuites et des possibilités médiatiques,
les chrétiens doivent apparaître avec un plus. Ce « plus » n’est pas
un gadget, c’est le levain absolument indispensable pour que la pâte
monte, c’est la lampe dans la maison, c’est le phare dans la nuit du
monde et de nos vies. Mais il est absolument nécessaire de venir sur
le marché du net avec ce « plus ».

- L’Eglise ne peut pas toucher tout le monde, en même temps, avec les
mêmes contenus, sur les mêmes médias. Elle ne peut pas apparaître avec
un discours monolithique. Les vies sont diverses, le monde est
segmenté, l’Eglise se doit de diversifier son offre. Qui veut-on
rejoindre, où, comment, pourquoi et pour quoi faire, pour mener vers
quoi ? Tout ceci ne doit-il pas être pensé avant toute création de
site ?

- Bien mesurer avant toute mise en ligne de la manière dont telle ou
telle image, tel ou tel propos pourra être entendu, reporté, colporté,
interprété. On peut mettre en ligne en connaissance de cause, mais on
ne devrait jamais être surpris par les réactions et courir après les
démentis et les rectifications. Si l’on est surpris par une réaction,
c’est que l’on a mal analysé la situation avant de parler, donc pas
été suffisamment à l’écoute. Bien réfléchir avant, et être spontané et
réactif malgré tout. Le web est la culture du spontané.

- Il y a plus de 25 ans je disais que les cathédrales du XXIe siècle
seraient médiatiques. Aujourd’hui ces nouvelles cathédrales sont à
construire sur le net. Dans l’histoire de l’Eglise, dans le même temps
que la charité se faisait inventive pour répondre aux nouveaux
besoins, les anciennes structures subsistaient. Pour nous aussi, tout
en assurant la vie de nos paroisses et de nos diocèses, nous devons
avoir le souci de continuer à être là où sont les gens, là où le monde
change, et donc à nous rendre sur You Tube, My Space, Facebook et
autres. Ce n’est certes pas sans question, quelle forme de lien social
se tisse entre les connectés ? Ces réseaux posent la question des
frontières de l’intimité. Je ne ferai que mentionner les questions
autour du rapport à la vérité et à l’identité, au temps et à l’espace,
je l’ai déjà mentionné, le rapport à la culture, mais devons-nous être
absent pour autant ?

- Ce ne sont pas les jeunes qui ne viennent plus vers l’Eglise, c’est
l’Eglise qui est loin de leur monde. En surfant sur le net, en allant
sur n’importe quel site de rencontre comme Facebook on se rend bien
compte du besoin de communiquer, du besoin d’une rencontre et d’un
dialogue authentiques. L’authenticité pour eux est signe de vérité.
Nous devons donc promouvoir une présence chrétienne sur le web faite
d’opérateurs, prêtres inclus, maîtrisant certes les techniques de
communication, mais sachant aussi offrir des espaces pour la
recherche, la rencontre, le dialogue, la prière.

Réfléchir au branding visant à travailler la notoriété et l’image. Le
pape Jean-Paul II savait poser des gestes symboliquement chargés de
sens. Seule l’écoute du monde d’une part, et l’écoute du Dieu de
l’Evangile d’autre part, peuvent permettre de nous positionner là on
l’on ne nous attend pas, de surprendre, de faire tomber les idées
fausses sur l’Eglise.

Ces diverses pistes ne doivent pas donner à penser qu’on peut résoudre
les problèmes de communication de l’Eglise par de simples mesures de
communication au risque d’être de ces « cymbales retentissantes »
dénoncées par Saint Paul, de ces instruments qui sonnent creux. Il
nous faut être d’abord et avant tout habité. « La forme, c’est le fond
qui remonte à la surface » disait l’écrivain Victor Hugo. « L’agir
suit l’être », disait saint Thomas d’Aquin, et avant lui Aristote.
Nous agissons selon ce que nous sommes. Nous donnons à voir ce que
nous sommes.

Certains croient qu’internet n’est que du virtuel ou du superflu. Tous
nous connaissons des prêtres, des évêques pour qui internet est le
dernier de leurs soucis et continuent leur pastorale comme si internet
n’existait pas. Or internet fait de plus en plus partie intégrante de
la vie quotidienne. En n’y étant pas présent on se coupe d’une bonne
partie de la vie des gens. Et lorsqu’on y est ce que l’on y donne à
voir est inséparable de ce que l’on est. D’ailleurs, d’une manière
naturelle, à moins d’être complètement paranoïaque, on prend ce que
l’on perçoit pour la réalité ; et à moins d’être un parfait
manipulateur, on donne à percevoir ce que l’on est. Il ne peut y avoir
dichotomie complète entre l’être et le paraître dans l’esprit des
gens, et je pense que nos sites et nos blogs disent beaucoup plus sur
nous que nous ne l’imaginons.

Ceci m’amène à aborder la question du témoignage, du témoignage
chrétien, du témoignage du chrétien, de celui qui s’est laissé habiter
par l’Esprit du Christ.

Voici ce que dit Nietzsche des martyrs dans son ouvrage L’Antéchrist :
« Le ton avec lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il
"tient-pour-vrai" exprime déjà un niveau si bas de probité
intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la
vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. […] On
peut être assuré que sur ce point la modestie, la modération augmente
en fonction du degré de conscience que l’on apporte aux choses de
l’esprit. […] Les martyrs ont fait tort à la vérité… Maintenant
encore, il suffit d’une persécution un peu rude pour donner un renom
de respectabilité au plus banal des sectarismes. » Pour Nietzsche, le
martyre n’est pas autre chose que l’expression d’un fanatisme. Mais
s’il ne différencie pas le fanatique du vrai martyr, c’est bien parce
que les vrais martyrs sont rares. Nietzsche dénonce « le ton avec
lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il "tient-pour-vrai"
». Faisons donc l’examen des sites internet qui se déclarent «
chrétiens ». Lesquels peuvent ne pas donner prise à une telle
accusation ? Combien sont de vrais témoins du Christ ? Combien peuvent
se dire exempts de vérités assénées, exempts d’autosatisfaction, de
dogmatisme, de langue de bois, de raccourcis, d’aveuglements, et même
de manques d’amour, d’espérance, de foi même ?

Le concile Vatican II lorsqu’il traite de l’athéisme nous invite à
faire notre examen de conscience à ce sujet : « Certes, ceux qui
délibérément s’efforcent d’éliminer Dieu de leur cœur et d’écarter les
problèmes religieux en ne suivant pas le « dictamen » de leur
conscience ne sont pas exempts de faute. Mais les croyants eux-mêmes
portent souvent à cet égard une certaine responsabilité. » (Gaudium et
spes, 19)

Un site internet chrétien doit s’occuper du monde et non se couper du
monde. Il doit éviter la langue de bois, éviter d’être lui-même
idéologue cherchant à imposer sa vérité. Un site doit être ouvert au
dialogue et au débat tout en montrant qu’il ne transigera pas avec
certains principes acceptés par tous et partout. Il doit se contenter
de proposer la vérité du Christ, fermement, tendrement, humblement. Et
s’il s’agit de rendre compte de l’espérance qui est en nous à ceux qui
en demandent raison (cf. 1 Pierre 3, 15), que ce soit « avec douceur
et respect » dit Saint Pierre.

Le faux témoin du Christ cherche à exaspérer, cherche la provocation.
Le vrai témoin du Christ, c’est sans le vouloir qu’il exaspère. Le
site chrétien doit donc exaspérer sans provoquer. S’il vient à agacer,
ce doit être comme on peut l’être soi-même lorsque notre conscience
nous agace à nous pousser au bien et à éviter le mal. Le site chrétien
se doit d’être un éveilleur de consciences en misant sur l’attrait de
tout homme à la bonté, à la vérité, à la beauté.

Nous avons parfois tendance dans l’Eglise à séparer l’Eglise et le
monde, le sacré et le profane. C’est oublier que Jésus ne fait pas une
telle distinction, ou plutôt, la distinction est autre, elle passe par
la frontière de notre cœur. « Qui n’est pas contre nous est pour nous
», dit-il aux disciples qui s’étonnent qu’il y ait des miracles chez
les autres (Mc 9, 40). Ce qui invite à élargir l’espace de notre
tente. Saint Augustin disait déjà au sujet de l’Eglise « beaucoup de
ceux qui semblent en dehors sont au dedans et beaucoup qui paraissent
au dedans sont en dehors. » (De bapt. V, 27) Et le Père François
Varillon a cette formule lapidaire : « L’Eglise est le monde en tant
qu’il accueille le don de Dieu ».

A trop faire la distinction entre médias profanes d’un côté et médias
intra-ecclésiaux de l’autre, on prend le risque de la ghettoïsation,
de la victimisation, sans entendre ce que le monde a à dire de
l’Eglise, ce qu’elle en comprend, comment elle le ressent, sans
chercher non plus à savoir comment elle peut être présente à tous
médias.

Mais heureusement, plus que jamais, internet redistribue les cartes,
nous fait descendre de notre piédestal, de notre chaire magistrale,
nous fait sortir de nos ghettos, de nos sacristies. Pape, cardinaux,
évêques, prêtres, fidèles laïcs, nous intégrons avec internet une
agora, un espace libre et spontané où tout se dit sur tout, où tout le
monde peut débattre de tout, une agora virtuelle où les internautes se
font une idée sur tel ou tel sujet au gré de leur pérégrination, de
leur recherche, voire de leur zapping. L’internaute catholique ne
déroge pas à cette règle. Tout en adhérant librement à la foi de
l’Eglise, il veut se faire une opinion par lui-même, être le seul juge
de là où se trouve son bien. Il surfe donc sur le net en fonction de
ses centres d’intérêt, de là où il en est dans sa quête, et il exerce
son jugement en fonction de là où il en est dans sa foi et ses
connaissances.

Qu’un fidèle, ou que tout homme, se fasse son opinion par lui-même
peut faire peur aux pasteurs que nous sommes. Nous aimerions protéger
les plus faibles et les plus vulnérables. Mais il nous faut trouver
des solutions autres que la censure et l’interdit pour cela. La
censure est toujours une mauvaise réponse, même quand elle se pare des
meilleures intentions du monde. Elle apparaît toujours comme erratique
et arbitraire, et donc en fin de compte comme totalitaire. Or la
vérité n’a pas besoin de nous pour s’imposer. Le concile Vatican II le
rappelle : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité
elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de
puissance. » (Dignitatis humanae, 1) Un acte de foi qui ne serait pas
un acte libre n’aurait aucune valeur. « La dignité de l’homme exige de
lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé
par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées
instinctives ou d’une contrainte extérieure. » (Gaudium et Spes, 17)

Le pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique, nous invitait à lier
« vérité » et « amour » dans nos vies. Il ne peut y avoir de vérité
sans amour ni d’amour sans vérité. La vérité sans amour est froide et
l’amour sans vérité est aveugle. Prévenir sans censurer, avertir sans
interdire, expliquer plutôt qu’imposer, tel doit être notre souci
pastoral en ce qui concerne tout site et blog se déclarant catholique
ou administré par des catholiques. Nous ne serons crédibles que si
nous témoignons de la vérité dans l’amour, de la vérité de l’amour, de
l’amour dans la vérité.

Le monde s’intéresse peu au fait que l’Eglise soit gardienne de la foi
ou de sa foi – quelle religion n’a pas son instance de régulation et
ne cherche pas à se protéger des déviances possibles en son sein ? Le
monde attend de l’Eglise qu’elle vive d’une foi renouvelée, il attend
de voir l’impact d’une telle foi dans la conduite du monde.

Internet est un outil, et comme tel il n’est pas porteur de morale.
Mais il est utilisé par des hommes porteurs de morale, capables d’en
user en bien comme en mal. Comme tout outil démultipliant les
capacités humaines, il est porteur de menaces comme de potentialités.
Tout dépend de l’usage qu’on en fait. La moralisation d’internet ne se
fera pas sans la moralisation des hommes, et en premier lieu de
nous-mêmes. Quel Christ donnons-nous à voir sur nos sites ?

Ce que disait Paul VI dans Evangelii nuntiandi il y a trente-quatre
ans peut être appliqué à internet : « Pour l’Eglise il ne s’agit pas
seulement de prêcher l’Evangile dans des tranches géographiques
toujours plus vastes ou à des populations toujours plus massives, mais
aussi d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Evangile
les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points
d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les
modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de
Dieu et le dessein du salut. » (Evangelii nuntiandi, 19)

Avant de terminer je voudrais souligner un point d’attention tout
particulier, celui des plus pauvres je cite : « L’une des
(préoccupations) les plus importantes (…) se réfère à ce que l’on
appelle aujourd’hui le « fossé numérique », une forme de
discrimination qui divise les riches des pauvres sur la base de
l’accès, ou du manque d’accès, aux nouvelles technologies de
l’information.

Les individus, les groupes et les nations doivent avoir accès aux
nouvelles technologies afin de prendre part au bénéfice promis par le
développement afin de ne pas rester encore plus en arrière. Il est
impératif, je cite maintenant le Pape Jean-Paul II, « Il est impératif
que le gouffre qui éloigne les bénéficiaires des nouveaux moyens
d’information et d’expression de ceux qui n’y ont pas encore accès ne
devienne pas une cause insurmontable d’injustice et de discrimination ».

Tout comme la croix à son montant vertical et horizontal, ainsi doit
être notre évangélisation sur la toile : horizontale par son étendue,
verticale par sa profondeur et sa qualité.

Pour terminer, permettez-moi de citer un écrivain français, Jules
Renard : « Quelques gouttes de rosée sur une toile d’araignée, et
voilà une rivière de diamants. » Puissent les quelques gouttes de
rosées que nous déposons sur l’immense toile internet la transfigurer
aux yeux de tous en rivière de diamants.

Merci pour votre présence et votre attention.

† Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun
Président de la CEEM
Président du Conseil pour la Communication de la CEF


« Ethique et Internet » (Publication du Conseil Pontifical pour les
communications sociales, Cité du Vatican, le 22 février 2002)

paroles
délégué

17/11/2009 à 10:36

Smiley

Virginie
délégué

19/11/2009 à 18:36

à relire les interventions des délégués de cette commission, vous me semblez bien conscient de l'importance de votre travail ! Je dirais même plus que pastoralement nécessaire,: je dirais indispensable si on veut véritablement créer une visibilité et une synergie entre diocèse-ministères-communautés- paroisses. Bon travail!

yvesmillou
délégué

21/11/2009 à 00:28

Super, ce texte de Mgr di Falco, en forme de "n'ayons pas peur d'Internet"!
J'en retiens cette phrase:"Le monde s’intéresse peu au fait que l’Eglise soit gardienne de la foi ou de sa foi – quelle religion n’a pas son instance de régulation et ne cherche pas à se protéger des déviances possibles en son sein ? Le monde attend de l’Eglise qu’elle vive d’une foi renouvelée, il attend
de voir l’impact d’une telle foi dans la conduite du monde."

Internet appartient à ce monde à évangéliser, et avec lequel il faut savoir dialoguer.

Et si nous laissions de côté, pendant ce synode, nos craintes de traiter de questions qui (selon certains) n'en relèvent pas, ou bien si nous restions attentifs autant à nos besoins de restructuration interne qu'à la nécessité vitale d'ouvrir en grand les écluses de communication avec le monde? La vérité c'est que l'Eglise catholique est bien trop sur la défensive: il ne s'agit pas sans doute d'attaquer, mais d'avancer dans le fleuve de la société, et à la lumière de l'évangile, d'y proclamer hardiment notre foi.

PS: connaissez le forum du café théologique? http://rouen.catholique.fr/phorum-5dup/list.php?1

gdelatousche

gdelatousche
délégué

21/11/2009 à 09:05

N'oubliez pas cependant que le synode n'est pas le tout de la vie de l'Eglise! Une question a été posée: c'est notre devoir d'y répondre. Avant, pendant et après le synode, les autres questions importantes demeurent et sont abordées, avec une conscience théologique et une consistance pastorale. Votre "selon certain" n'est pas très gentil! Mais peut-être parce que j'en suis! Sans pour autant être sur la défensive! Bon week end sans apocalypse!

benoit
délégué

22/11/2009 à 19:54

On sous-estime la puissance des outils de communication moderne.
Aujourd'hui presque tout le monde a une adresse internet.

Lors de chaque contact que nos communautés ont avec des personnes pour un baptême, un mariage ou autre, il est nécessaire de récupérer les adresses de chacune de ces personnes. Chaque paroisse doit avoir son fichier d'adresses email(comme pour les adresses normales)afin de communiquer ce qui se vit localement ou au sein du diocèse.

C'est ce que nous avons essayé de mettre en place dans notre paroisse, mais cela n'est pas compris ou intégré par l'ensemble de la communauté, la remontée des informations se fait au compte-goutte, il est chaque fois nécessaire d'aller pécher les informations, c'est énergivore.

Autre souci, il faut être formé à ces outils et la gestion d'un site + l'envoi de news letter(ce que nous avons fait pendant une année) demande entre 2 et 3 heures de travail par semaine si l'on veut que cela soit bien fait.

Autre réflexion
Ces outils c’est bien mais si l’on n'est pas capable d’avoir un véritable contact humain de terrain cela ne vaut rien. Ces outils ne sont pas une fin, mais un moyen, mais un complémentaire et incontournable aujourd’hui.

Pour terminer, la priorité c’est comment faire de nos communautés des communautés vivantes et remplie de l’Esprit Saint ? Ensuite le reste doit venir tout seul.
C’est par l’amour entre nous que l’on sera capable d’interpeller le monde.

chdm
délégué

24/11/2009 à 20:10

La remarque de Benoit sur le contact humain est très importante et se situe bien au coeur de nos préoccupations.

Par contre, sur "le reste vient tout seul", je suis plus dubitatif, on a un gros travail d'idée et de réflexions à faire tous ensemble !

gdelatousche

gdelatousche
délégué

24/11/2009 à 23:06

juste en témoignage de ces semaines: on nous a volé les 10 vtt de l'association paroissiale pour la jeunesse. Un seul appel par newsletter via le site internet de la paroisse a permis de recevoir en retour 20 promesses de VTT! C'est du concret, c'est sur le terrain! ce n'est pas du virtuel mais du bien réel! et internet devient alors un moyen et non une fin! j'y crois!

chdm
délégué

27/11/2009 à 09:42

Merci Geoffroy, cet exemple illustre parfaitement toute notre reflexion !

gdelatousche

gdelatousche
délégué

27/11/2009 à 10:43

De rien! Vous en voulez un autre? Hier soir à la préparation à la confirmation et à la communion pour adultes, se sont présentés à Elbeuf, deux hommes avec leurs fiancées, qui ont trouvé sur le site paroissial les renseignements pour ces 2 sacrements nécessaires pour qu'ils puissent chacun contracter mariage dans un pays qui réclame ces 2 sacrements avant le mariage. 30 minutes de route pour trouver la solution à leur problème ne leur a pas fait peur!

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