Réflexions de Pierre Jay sur le cahier synodal, le 7 novembre 2009, destinées à Annie Charlet (Chrétiens dans l'Enseignement Public) et Didier Lacheray (Point 1), publiées avec l'aimable autorisation de leur auteur
Synode de Rouen
Quelques réflexions à partir du Cahier Synodal
Saluons d’abord l’effort de synthèse de ce Cahier de près de 60 pages qui reflète et organise quelque 500 réponses – c’est énorme ! - d’équipes de réflexion qui se sont manifestées, et qui témoignent de l’écho soulevé par le synode.
D’emblée ce Cahier présente la démarche de l’Eglise en synode comme « au service d’un monde aimé de Dieu ». De fait toute l’Introduction et la première partie « Vivre et témoigner de l’Evangile » apparaissent très prometteuses. Elles expriment une large ouverture, une perspective d’accueil et d’espérance, assez dans l’esprit de la Constitution conciliaire Gaudium et spes d’ailleurs citée en exergue de cette première partie.
On éprouve, du coup, quelque malaise à déboucher ensuite, comme dans une démarche inverse, sur « la Paroisse » comme une structure. A vrai dire ce n’est pas une surprise :
1- un synode ne pouvait tout traiter, et la paroisse était déjà au coeur de la réflexion
2- plus positivement (quoique beaucoup trop vite cf II,1-2 p.25) la paroisse est définie comme un lieu stable, ne relevant pas du choix de chacun mais ayant puissance d’être lieu d’accueil pour tous. Cette dimension d’Eglise est importante.
Mais où il y a ambiguïté et comme un malentendu c’est le lien immédiatement affirmé entre la ‘paroisse’ et le ‘curé’, càd en termes d’institution stricte, comme si c’était intangible, Cela décourage de chercher plus loin les éléments d’ouverture qui se retrouvent pourtant largement encore mais dispersés et mal exploités dans la suite, surtout partie IV sur les ministères, et déjà p.26 (II,6,7et10). Et d’autre part la paroisse « Horizon 2005 » y est définie comme une « communion de communautés », ce qui ouvre sur un avenir.
Pour me borner à l’essentiel, il me semble qu’il serait très souhaitable d’approfondir sérieusement au synode la réflexion sur deux axes majeurs :
1) – Les Ministères : cf p.47 IV,15 : « Certaines responsabilités seront reconnues comme des ministères dans notre diocèse. Un ministère est un service confié à un membre de l’Eglise par l’évêque, principe et fondement de l’unité dans son diocèse ». La définition en est clairement donnée en IV,17 : mission d’Eglise précise, responsabilité reconnue, pour un mandat, par lettre de mission, dans la durée (3/5 ans ?) renouvelable (une fois ?).
Le fondement de tels ministères est évoqué à plusieurs reprises dans le Cahier comme lié aux sacrements de l’initiation chrétienne, càd baptême et confirmation, capables de fonder et porter des ministères. On aimerait un sérieux approfondissement théologique.
Mais une réserve fondamentale : ce n’est pas au ‘curé’, c’est à l’évêque, responsable de l’Eglise du diocèse, qu’il reviendrait de donner lui-même mission. L’avis du curé ou du prêtre responsable est possible, mais en droit et en pratique, outre sa responsabilité, l’évêque en son Conseil a une meilleure distance d’appréciation.
Sur leur mode de désignation, on peut hésiter devant un processus d’élection… malgré quelques expériences encourageantes dans la désignation de représentants au synode. <Mais à proscrire en tous cas pour des ministères cette formule de II,42 (p.34) :’ le curé s’entoure de collaborateurs laïcs’>
Quant à la formation nécessaire ou souhaitable le Cahier manifeste à juste titre le regret de l’effacement du FLER qui en avait reçu mission à la suite du précédent synode.
NB : :il est beaucoup parlé du ‘curé’ mais bien peu du ‘prêtre’. C’est dommage. Nul ne devrait contester que le prêtre soit : au centre de l’Eucharistie, serviteur de la Parole, et homme de la communion (indépendamment de ses charismes personnels), à la limite où qu’il soit en fonction.
2) -Les « communautés ecclésiales ». « Horizon 2005 » en a établi l’existence dans sa définition de la paroisse « communion de communautés ». Elles sont définies en III (p.35 avec référence à Lumen Gentium). La paroisse n’élimine donc pas les « communautés » des paroisses anciennes qu’elle rassemble. C’est important, et on peut souhaiter que le synode réfléchisse davantage sur leurs relations au sein et avec l’ensemble de la paroisse, et notamment au plan de l’Eucharistie. Leur rôle de présence au monde est fortement souligné, mais elles se définissent surtout par la proximité géographique.et les réalités humaines qui s’y manifestent.
Or le Cahier note aussi qu’existent des communautés de chrétiens liées à d’autres lieux et réalités de vie. Il s’inquiète même (p.9) d’une moindre attention qu’au précédent synode à l’action des chrétiens dans la société. De fait il n’y a nulle référence à des mouvements encore existants (Mcc,Aco...), éventuellement de type professionnel ou familial, < mais sont curieusement citées en III,25 les aumôneries, càd des formes déjà d’institution ecclésiale >.
D’autres groupes de chrétiens sont reconnus aussi comme se rattachant à un type d’expérience ou une sensibilité spirituelle. Et on ne peut pas oublier non plus la variété des groupes bibliques qui continuent de se multiplier.
Tous ces groupes ou communautés variés qui existent, se construisent ou se cherchent aujourd’hui peuvent-ils, dans le respect de leur légitime diversité, être aidés par la réflexion du synode à créer des liens d’Eglise entre eux parfois, ou avec des communautés larges comme les paroisses d’aujourd’hui, voire directement avec le diocèse garant de la communion ecclésiale qui est « un signe pour le monde » (P.Duval, oct.2000, p.32) ?
Bref, sur ces points, comme sur d’autres, saurons-nous à l’invitation du synode (p.41) « redoubler d’imagination et d’initiative pour donner à notre Eglise de vivre et témoigner de l’Evangile » ?
Le 7 novembre 2009 Pierre Jay
Aucun commentaire
Vous devez être connecté pour poster un message.